LA LINGERIE SANS DESSUS DESSOUS
Bien qu'on ne sache pas vraiment si Adan et Eve portait une feuille de vigne en guise de cache sexe, il semble que, depuis la nuit des temps, l'être humain ait cherché à garder discrètes les parties les plus intimes de son corps. Par pudeur, par soucis de protection ou d'hygiène ? Peut être bien les deux ! Toujours est -il, qu'au fil des millénaires, ce qu'il convient de nommer '' les dessous '' et qui n'étaient peut être simplement, à l'origine, que des dessus, se sont transformés pour en arriver à ce que l'on connaît aujourd'hui en la matière.
Mais commençons par le commencement ! Notre plus ancienne aïeule connue, en la personne de Lucie, qui ne connaissait pas encore les armes et, de fait, les peaux de bêtes, avait-elle eu l'idée, tout en grignotant des baies ou autres fruits de l'époque, d'orner sa taille de quelques lianes ou de fougères géantes ? Pas facile à dire ! Mais il semble que dès que l'Homme fut suffisamment évolué et plus rusé que les mammouths ou les tigres à dents de sabre, il utilisa leur fourrure pour s'en vêtir. Certainement contre le froid, dans un premier temps ! Mais qui nous dit que la coquetterie féminine ne fit pas naître, là, les premières lignes de lingerie de l'humanité ?! Malheureusement, nos plus éminents chercheurs n'ont pas encore déterré de strings en peau de léopard ni de tangas '' pur bison ''.
Plus sérieusement, après avoir connu les drapés crétois montrant une ferme volonté de séduire, de dissimuler à peine les généreuses poitrines, la femme adopte, environ cent ans plus tard, l'apodesme, ces bandelettes d'étoffe destinées à les soutenir . La priorité est de soutenir les seins, chez les Grecs ou les Romains qui altèrent leur croissance avec les fascias, ou encore les compressent dans des soutiens gorges de cuir, les mamillares. A contrario, le buste est enfin libéré avec la connaissance des cultures celte et germanique.
Mais, la mode étant un éternel recommencement, vint le XIIe siècle, ère du puritanisme s'il en est, avec l'avènement des corsages lacés et serrés à la limite du supportable. Encore trois siècles, et il est permis de montrer la naissance de sa poitrine, non sans offusquer le clergé, à l'aide d'une ceinture qui remonte le corsage... Bref, autant de bouleversements, de périodes d'intolérance ou de révolte où les seins sont tantôt compressés, tantôt libérés de leurs cuirasses, décriées par le corps médical dés 1750. Il en va de même, bien sûr, en ce qui concerne ce qui se passe sous les jupes : Ceinture de chasteté, culotte fendue, jarretière, jupon, crinoline etc... Nous sommes dans le monde peu glamour du linge de corps.
C'est seulement vers la fin du XIXe siècle que l'on commence à parler de '' dessous ''. La fin du corset, qui modelait le corps des femmes, est toute proche. Les moeurs changent, elles sont plus dynamiques, et veulent être plus libres de leurs mouvements, sans contraintes de sous- vêtements. Dentelles rubans et volants font alors leur apparition, pour le grand bonheur de celles qui les portent mais également de ceux qui les regardent. L'ancêtre du soutien gorge voit le jour aux USA en 1913 et n'est alors constitué que de mouchoirs et d'épingles de sûreté. Ensuite c'est l'escalade, l'évolution incontournable dans le monde de la lingerie, pour arriver à celle que l'on connaît aujourd'hui. Coupes, couleurs, tissus, transparence ou opacité, visibles ou cachés, offerts aux regards ou juste suggérés, sont autant de variantes satisfaisant tous les goûts et toutes les bourses ( si je puis m'exprimer ainsi ! ).
La lingerie contemporaine, conquérante et très sexuée, présente toute une gamme de stratégies, de codes et de langages, se porte parfois sur les vêtements ( paradoxal non pour des sous-vêtements ?! ) ou se montre en grande partie sous un jean taille basse. Féminité poussée à l'extrême ? Libération de la femme ? Prise de pouvoir et d'initiative sur l'homme ? Comment ne pas rester coi devant l'attrait de jambes douces sous le nylons d'une paire de bas résille, de fesses finement enveloppées dans un shorty de dentelle noire transparent, d'un sexe épilé à peine caché par la mince bande de tissus d'un string ou bien encore d'un soutien gorge à balconnet soutenant délicieusement les seins ? Il serait possible de remplir des pages entières d'exemples de tenues aussi affriolantes que variées, faisant étinceler les yeux de ces dames ou de ces messieurs, gourmands d'érotisme, de sado-masochisme, de romantisme... En coton, en cuir, en dentelle, la lingerie ne cesse d'évoluer, de changer les idées reçues, de renverser les tabous...
A quoi ressemblera-t-elle dans les siècles à venir ? Difficile à dire pour l'instant ! La créativité semble sans bornes, dans ce domaine où la fashion victim, à l'instar de la mère de famille, voit son corps mis en valeur dans ces étuis de soies et de frou-frous. Mais tout bijou ne doit-il pas être présenté dans un bel écrin ?!